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Origine du CLUB

La section de Maurienne du Club Alpin Français

 

(Reconstitution à partir d'articles parus dans la presse de l'époque.)

 

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Journal de la Maurienne 24 juillet 1887

 

Nous recevons de Grenoble la communication suivante :

 

Monsieur le rédacteur,

 

Vous avez sans doute entendu parler d'un événement local, qui a été la dissolution de la Section du Club Alpin Français qui s'était formée depuis neuf ans en Maurienne, et dont M. Bonnet était le président.

Cette section qui n'avait depuis longtemps qu'une vie purement végétative, et qui n'attendait sans doute qu'une occasion de disparaître, s'est dissoute le 8 mai dernier, en considération ont prétendu les huit membres présents qui à eux seule ont formé l'assemblée générale, du discours que j'aurais prononcé à Lyon le 9 février.

Voulant remettre les choses sous leur véritable jour, j'ai adressé aux membres savoyards du Club Alpin la circulaire ci-incluse, et je viens vous demander si vous seriez assez aimable pour lui donner l'hospitalité dans votre estimable journal. La publicité de votre feuille m'aiderait à me disculper du reproche que M. Bonnet a voulu faire peser sur moi, alors que lui seul était ineffable de négligence ou d'irritabilité nerveuse. Comptant sur votre amabilité, je vous prie d'agréer, etc…

 

                                               H. Ferrand

 

 

Monsieur et cher collègue,

           

            Je viens d'apprendre que la Section de Maurienne du Club Alpin Français a prononcé sa dissolution à raison d'un compte-rendu inséré au Bulletin du Club, pages 78 et 79 de l'année 1887, et je reçois de M. Bonnet, président de cette Section, communication d'une délibération de l'assemblée générale du 8 mai courant, dans laquelle la responsabilité de cette mesure m'est en partie imputée, à cause du discours que j'aurais prononcé, le 9 février dernier, au banquet d'hiver de la Section Lyonnaise.

            Ainsi, la Section prétend se dissoudre en raison d'une offense que moi, son délégué, j'aurais commise envers elle et envers la Maurienne. Il faut convenir que c'est un sentiment d'amour-propre bien étrangement compris et plus étrangement appliqué encore !

            Je n'entends point rester sous le coup de cette accusation, tout invraisemblable qu'elle puisse paraître, et pour la renverser, pour prouver qu'au contraire j'ai toujours agi dans l'intérêt de la Section et du pays, je n'ai qu'à publier les faits tels qu'ils se sont passés.

           

Voyons d'abord les préliminaires.

 

La section de Maurienne s'est fondée en juillet 1878, au total de 27 adhérents. Depuis lors, elle a toujours flotté entre 50 à 60 membres. En prenant ce dernier nombre, avec la cotisation locale qui est de 5 francs, cela lui faisait un budget annuel d'environ 300 francs, chiffre qui n'a jamais été atteint, et qui couvrait à peine les frais de bureau.- Des ressources aussi minimes dans un pays de montagne aussi étendu où les améliorations matérielles et les refuges eussent été si nécessaires, constituaient une véritable pénurie. Aussi, depuis sa création, la Section de Maurienne n'a-t-elle pu entreprendre aucun travail : elle attendait tout des libéralités de la Direction centrale, et celle-ci ne s'en montrait pas prodigue à son égard.

Une seule et unique subvention lui a été accordée : le 13 février 1882, la Direction centrale votait une somme de 200 francs pour les améliorations projetées au chalet d'Entre-deux-Eaux. Il fut impossible de faire quoi que ce soit avec un aussi faible secours, et depuis, il n'en fut plus accordé.

La Section était donc très pauvre, et son bureau s'était à plusieurs reprises, préoccupé de l'impuissance à laquelle le réduisait cette situation. J'avais même réclamé en sa faveur, ainsi qu'en faveur de plusieurs autres sections montagnardes, auprès de la Direction centrale, pour amener celle-ci à augmenter les sommes qu'elle pourrait consacrer chaque année aux travaux de la montagne, et le budget de cette année, publié postérieurement à ces incidents, aux pages 100 et 101 du Bulletin, commence à nous donner satisfaction en portant en totalité à 20,500 fr. les subventions à distribuer en 1887, au lieu du chiffre antérieur de 8,000 fr. Une nouvelle demande pouvait donc avoir meilleure chance d'être accueillie. Il s'agissait de lui préparer les voies.

 

C'est dans ces circonstances et avec ces précédents que se passèrent les faits.

Par lettre officielle du 2 février 1887, la Section lyonnaise invitait la Section de la Maurienne à se faire représenter à son banquet annuel, qui devait avoir lieu dans les salons de Casati, le 9 du dit mois de février.

Par lettre du 5 du même mois, M. Bonnet, président, empêché, me chargeait de cette représentation et me recommandait de porter un toast au nom de la section.

J'acceptais cette mission et me rendis au banquet des collègues lyonnais. Je vis que deux membres de la Direction centrale, MM. Guyard et Guillemin y assistaient, et je pensai alors que l'occasion était bonne pour faire remarquer le dénûment dans lequel était demeuré notre pauvre Section. Voulant donner à cette réclamation une forme piquante plus propre à frapper les esprits, quand vint le tour de parole du représentant de la Section de Maurienne, je prononçai le toast suivant littéralement transcrit :

 

« Mes chers Collègues, mes chers Amis,

 

« Je viens aujourd'hui vous apporter les témoignages d'amitié et d'affectueuse sympathie de la Section de Maurienne. Nous sommes une pauvre Section, je dirais presque une Section de gueux, et il nous serait certainement bien impossible de vous rendre la plantureuse hospitalité que vous nous prodiguez aujourd'hui. Mais si comme je l'espère, vous venez un jour nous voir, vous verrez que, semblables au Vénitien de la légende, tout gueux que nous sommes, nous habitons un palais magnifique, et nous vous recevrons dans un salon sans rival, s'étendant du Thabor à la Levanna et renfermant la chaîne si vantée des Aiguilles d'Arves, et la bonne moitié du massif de la Vanoise.

« Ce salon a tout pour vous plaire.

« Dans votre intrépide Section Lyonnaise, on compte en grand nombre les farouches grimpeurs, les stricts amants de la nature qui proscrivent comme autant d'atteintes à sa majesté toutes les commodités modernes, les câbles, les crampons, les travaux quelconques ! Que ceux-là viennent nous voir !

« Grâce à notre pauvreté, grâce aussi, il faut bien le dire, à la remarquable parcimonie de la Direction centrale à notre égard, nous n'avons rien fait ni rien pu faire. Nous n'avons pas un seul refuge, nous vous offrons des montagnes que ne

déshonore aucun câble, aucun sentier, des abîmes que ne dissimule aucun garde-fou, et vous pourrez faire tout à votre aise de la gymnastique transcendante sur les pointes vierges qui avoisinent les Aiguilles de Savine et de Scolette, sur les Aiguilles d'Arves, sur le versant Mauriennais de la Grande-Casse etc…

            « Que les autres viennent aussi car nous avons de quoi satisfaire tous les goûts.

            « On a dit que la Maurienne est affreuse ! Ceux qui l'ont dit ne la connaissaient pas, et s'étaient bornés à parcourir en chemin de fer l'étroit corridor qui va d'Aiguebelle à Modane. Mais sur les premiers coteaux dans la vallée d'Arves, dans l'amphithéâtre de Bessans, au fond de Bonneval, etc…,etc…nous avons la gaîté de la montagne, la verdure, la lumière et la vue pour satisfaire les plus difficiles.

« Venez donc, chers collègues lyonnais, venez visiter vos pauvres collègues de la Maurienne. Ne craignez pas l'absence de confort, vous l'apporterez avec vous, vous développerez chez nous la civilisation, et sans désirer notre transformation en petite Suisse, vous attirerez peut-être sur nous, sur nos montagnes, l'attention de la Direction centrale, ce qui nous permettra de vous recevoir de mieux en mieux.

« Je bois donc aux triomphes que vous avez remportés, que vous remporterez encore dans nos montagnes, et aussi à une répartition, meilleure pour nous, des finances de la Direction centrale. »

 

Vous jugerez, monsieur et cher collègue, s'il y avait dans ces paroles quoi que ce soit qui pût être considéré comme blessant pour la Section de Maurienne et pour l'amour-propre local. C'était comme l'ont fort bien compris tous les assistants, dont les applaudissements vinrent souligner les intentions de mon discours, un plaidoyer en faveur de la Section et rien de plus.

Pour achever de m'acquitter de la mission qui m'avait été confiée, par lettre du 12 février, j'adressai à M. Bonnet le compte-rendu du banquet de Lyon et le texte intégral du toast ci-dessus rapporté.. M. Bonnet n'y fit pas la moindre observation, et m'écrivant pour autres affaires, à la date du 9 mars, il n'émit aucune critique envers les expressions que j'avais employées au nom de la Section.

Je l'avais avisé, en même temps , que j'adressais aussi le texte du tout ) M. Chappet secrétaire général de la Section lyonnaise ; et, en effet, je le lui envoyai par lettre du 13 février, ainsi que mes remerciements pour l'accueil empressé qui m'avait été fait.

Dans son compte-rendu, qui est l'article incriminé, publié aux pages 77, 78 et 79 du Bulletin, M. Chappet a nécessairement abrégé mon toast, et, en ayant très bien saisi le sens, il l'appréciait ainsi :

« M. Henri Ferrand, en qualité d'avocat, plaide avec finesse la cause de la pauvre Section de Maurienne, presque section de gueux, dont il apporte les témoignages d'amitié et d'affectueuse sympathie. Elle habite cependant un palais magnifique, où les farouches grimpeurs, dédaigneux des commodités modernes trouveront des montagnes que ne déshonore aucun refuge, aucun câble aucun sentier, et des pointes vierges excellentes pour la gymnastique transcendante. Que les autres y viennent aussi ; car on y trouve des paysages gracieux et de quoi satisfaire tous les goûts ; et puis ils amèneront avec eux la civilisation. M. Ferrand porte donc un toast aux triomphes que les Lyonnais ont déjà remporté et qu'ils remporteront encore sur les cimes de la Maurienne. »

Ce n'est qu'à l'apparition de ces lignes dans les premiers jours d'avril, que M. Bonnet et ses collègues sentirent s'éveiller leur susceptibilité et s'irritèrent de ce qu'ils auraient été traités de « pauvres et de gueux ». Ils s'émurent à la pensée d'avoir été considérés comme « étrangers à la civilisation ». (lettre de M. Bonnet, du 7 avril.) Je n'insisterai pas sur cette étrange interprétation de mon discours.

Trouvera-t-on que le résumé du Bulletin laisse un peu isolées certaines expressions qui, dans le toast, étaient expliquées et amenées par les phrases qui les entouraient ? C'est possible ; que les insinuations à la caisse de la Direction centrale qui étaient la raison de cette affectation de pauvreté et de gueuserie, en ont disparu ? C'est encore vrai ! Mais comme j'y suis totalement étranger, cela ne saurait en aucune façon engager ma responsabilité. M. Bonnet et ses collègues avaient eu mon discours intégral, ils l'avaient apprécié et approuvé, et ils n'avaient pas à me mettre en cause au sujet d'une version émanée d'un tiers. Ce que j'ai dit, je l'ai dit dans l'intérêt de la Section, qui n'a pas à rougir d'être pauvre, et qui aurait bien plutôt à rougir si elle était riche, car alors on ne s'expliquerait pas comment, depuis neuf ans qu'elle existe, elle n'aurait rien fait pour la commodité des excursions dans sa région, et pour remplir le but matériel du Club Alpin.

Vous comprenez dès à présent, monsieur et cher collègue, pourquoi j'ai tenu à vous exposer directement ces faits que nul ne peut contester, car je ne puis expliquer que par leur oubli ou leur altération les termes de la délibération du 8 mai 1887. J'ai conscience d'avoir bien et fidèlement servi les intérêts de la Section de Maurienne et de l'alpinisme, et je ne saurais me laisser imputer même en partie, la responsabilité d'une mesure aussi inouïe qu'injustifiable. Vous apprécierez si les promoteurs de l'étonnant mouvement qui a abouti aux résolutions du 8 mai et à la dissolution de la Section, ont été bien inspirés, et vous remarquerez surtout l'incohérence de leur conduite, puisqu'ils connaissaient dès le 12 février et approuvaient, par leur silence, les termes du discours dont le résumé, publié au commencement d'avril, a si fort excité leur susceptibilité. Il est vrai que ces termes même étaient à l'abri de toute critique ; mais alors c'est une véritable aberration que de me mettre personnellement en jeu dans cette affaire !

Veuillez agréer, Monsieur et cher collègue, l'expression de mes sentiments de parfaite considération.

 

                                               H. FERRAND

Membre des Clubs Alpins Français, Suisse et Italien, et de la Société des Touristes du Dauphiné.

 

L'indicateur de la Maurienne 19/05/1894

 

Nous apprenons avec la plus vive satisfaction qu'un groupe de personnes s'intéressant à notre pays ont entrepris de reconstituer la section de Maurienne du Club Alpin Français. La pensée qui les a inspirées est le désir de faire connaître et progresser nos vallées dont les beautés pittoresques ne le cèdent en rien aux paysages les plus renommés de la Suisse ou du Tyrol, mais qui ont le tort d'être en France et d'être d'un accès facile. Nous autres français, nous sommes ainsi faits, nous allons chercher au loin et à grands frais ce qui se trouve à notre porte, sur notre propre sol et avec toutes les facilités possibles de communication.

Il est temps, pensons-nous de réagir contre ce fâcheux courant, de démontrer que nos Alpes de Savoie sont aussi belles que les montagnes des autres pays et qu'elles possèdent tous les genres d'attraits depuis les pics farouches qui tentent les audacieux grimpeurs, jusqu'aux courses faciles et charmantes que recherchent les touristes paisibles. Pour atteindre ce but, nous comptons beaucoup sur la nouvelle section qui va grouper en un solide faisceau et rattacher à une société puissante tous les éléments actifs et toutes les bonnes volontés de la Maurienne.

Attirer les touristes dans notre pays, organiser et contrôler les guides, tracer des sentiers, construire des refuges, répandre le goût des salutaires exercices de la montagne, sans négliger l'étude de celle-ci à tous les points de vue, tel est l'objet multiple et patriotique de la nouvelle section.

C'est donc de grand cœur que nous lui souhaitons bonne chance et que nous engageons nos compatriotes à répondre en masse à l'appel des fondateurs du Club Alpin Français.

 

L'indicateur de la Maurienne 30/06/1894

 

La création d'une section en Maurienne du CAF est maintenant un fait accompli.

La rapidité avec laquelle les listes de souscription se sont couvertes de signatures fait bien augurer de l'avenir de cette section.

Nous invitons les personnes désireuses d'en faire partie et qui n'ont point encore souscrit, à se faire inscrire au bureau de l'indicateur de la Maurienne, avant le 7 juillet date fixée pour la première assemblée générale.

Nous rappelons les prix des cotisations :

1° année : anciens membres de la section de Maurienne, 15 fr ;

Membres nouveaux, 25 fr ;

Années suivantes : Membres anciens et nouveaux, 15 fr.

 

 

L'indicateur de la Maurienne 14/07/1894

 

La nouvelle section de Maurienne a procédé samedi dernier à l'élection de son bureau.

Ont été élus :

Président : M. Bartoli, sous-préfet ;

Vices-présidents : MM. Truchet, maire de St-Jean, et Durand, juge de paix à St-Michel ;

Trésorier : M. Visioz, Percepteur ;

Secrétaire-archiviste : M. Jarsuel, fondé de pouvoirs à la recette des finances ;

Administrateurs : MM. Bonnet, avoué à St-Jean ; Sibillin, architecte à la Chambre ;

Charles Grange, à Aiguebelle ;

Gros, conseiller général à Saint-Michel ; Favre, agent-voyer à Modane ; Buisson, percepteur à Lanslebourg.

La première course de la section a lieu aujourd'hui et a pour objectif le pic de l'Etendard (3470 m), glacier de St-Sorlin.

 

 

source : A.D.S. (Archives Départementales de la Savoie).
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