Carnet de route

Ladakh - Djulé

Le 28/01/2006 par

Une mer de montagnes, un océan de glaciers jusqu'à ce qu'il se perde dans l'azur. Des sommets immaculés surplombent de profondes vallées dans lesquelles brillent de rares émeraudes, symbole de la présence humaine. Telle est la première vision aérienne de l'Himalaya. Subitement, les vagues de montagnes meurent en arrivant dans la large vallée de l'Indus. Le fleuve n'arrive pas à étancher la soif de ce pays aride. A la neige et aux glaces succèdent le sable et les cailloux. Ici, l'ocre remplace le blanc. Parfois au grés des affluents, un village blanc, entouré de verdure, telle une oasis au cœur du désert. Leh, capital du Ladakh, apparaît enfin !

Le Ladakh, le Zanskar, qui dans le milieu montagnard ne connaît pas ces noms ? Beaucoup sont allés voir ces vallées, dont le seul nom invite au voyage. La politique des hommes a voulu que ces vallées appartiennent à l'Inde. Aujourd'hui, tout le monde s'en félicite. Elles auraient pu être tibétaines et tomber sous le joug des chinois en 1950 ; elles auraient pu être pakistanaises et aujourd'hui être sous l'emprise des intégristes musulmans ! Mais, elles sont indiennes et bouddhistes, inclus dans l'état musulman du Cachemire. Etant donné sa situation géographique et militaire très sensible, l'Inde avait interdit sa visite jusqu'en 1984.

Aujourd'hui encore, de nombreuses vallées restent fermées au tourisme ou nécessitent un permis spécial.

Cette région est un des paradis du trekking. La géographie infernale limite le développement de routes, mais malgré cela, la population n'a jamais été isolée, et commerçait avec les régions alentour grâce à un réseau de sentiers qui fait, aujourd'hui, le bonheur des randonneurs.

Ce serait une erreur d'aller sur ces terres en espérant parcourir un maximum de sentiers, de voir un maximum de choses, de battre des records de vitesse. Non. Prendre son temps ! C'est là l'essentiel. Aller dans un monastère sans compter les heures, assister à une cérémonie de prière, assis avec les moines, à écouter leurs psalmodies profondes et sourdes, pour ne rien comprendre et pourtant sentir l'âme du pays nous gagner.

-_ Djulé !"
-_ Djulé, djulé " me répond le gamin.
-_ I lamné Photoksar ? "

Son petit sourire et son doigt pointé au devant de moi, me confirme que le chemin est le bon.

Malgré les jours de marche, la fatigue n'est pas grande et le plaisir reste omniprésent. Je découvre un moyen de locomotion révolutionnaire : mes jambes ! Assis dans nos véhicules, on ne se rend plus compte combien elles peuvent nous porter loin et combien la découverte de paysages au rythme du pas peut être merveilleuse.

Lundi 19 juillet : La nuit a été fraîche, lever à 6 H. Sous la tente, nous dormions comme des souches. Départ à 7 H 30 sans se presser, car le soleil ne nous gênera pas aujourd'hui ! Nous traversons les champs d'orge vert tendre qui ondulent sous la brise. Des géraniums violets ourlent le contour des parcelles. Nous atteignons facilement le premier petit col : le Bumikse-la. De là, nous voyons le prochain objectif le Sengge-la à 5000 M. Sur la droite, une imposante montagne pyramidale, recouverte de glaciers nous fait penser au Cervin. D'autres sommets glaciaires, aperçus la veille, se détachent de la pelouse alpine : bétail, verdure, moraines.

Sur notre gauche, ce n'est qu'une succession de falaises, de ravines étroites, avec au pied, des éboulis immenses et au sommet, des crêtes ciselées. Les falaises sont plissées comme un drap secoué par le vent. Le jaune, le brun, le rouge, le noir se marient dans des nuances infinies.

Jeudi 29 juillet : Le monastère de Puktal est là, cloué dans la falaise, en partie enchâssé dans une immense grotte. Nous grimpons le sentier qui nous mène au nid d'aigle. Une lourde porte de bois garde l'entrée du sanctuaire. Derrière, un dédales de couloirs et d'escaliers ouverts aux quatre vents, circulent entre les cellules monastiques. Presque à la verticale, se trouve la salle de prière, protégée par le toit de la grotte. Par un labyrinthe d'escaliers nous accédons à la caverne. Deux petites cabanes fragiles sont surmontées par des piles de buissons secs et d'herbe pour le chauffage. La source sacrée est préservée dans une alcôve au fond de la grotte. Son accès est interdit aux femmes ! Nous entrons dans la salle de prière ? Les moines sont assis sur leur coussin. Ils psalmodient un verset. D'un seul coup tout le monde se tait.

Sur quel signal ? Difficile à déterminer pour nous. Puis des moinillons distribuent des tasses, du thé et de la Tsampa*. Tout le monde se prépare de la bouillie, malaxe la pâte entre ses doigts sales et mange. L'hospitalité du pays veut que nous prenions part à la collation, difficile de refuser ! Un instant après, un moine entame un nouveau psaume et tout le monde reprend la prière.

Comme nous, vous serez peut être séduit par ce pays et ses gens simples. Il n'est pas besoin d'être un aventurier pour aller là, ni de bénéficier d'une organisation sans faille.

Pour notre part, nous avions simplement un billet d'avion pour Leh via Delhi. Sur place, Leh possède de nombreuses petites agences qui embauchent des Laddakis et des Zanskaris pour guider les randonneurs, et fournissent des bêtes de bât. De très nombreuses randonnées sont possibles de 3 à 20 jours. En général le choix se fait sur place en fonction des conditions et de ses envies.

Ces vallées sont les dernières régions de culture tibétaine libre. Nous ne pouvons pas conclure, sans évoquer les nombreuses associations qui viennent en aide aux réfugiés Tibétains, très nombreux dans cette région amie, et aux populations autochtones. Nous donnons ici le nom de quatre associations. (Il en existe de nombreuses autres)

Christophe Roulier

- " Une cordée pour la santé et la solidarité " M. Peret " Les Linottes " Le Coin 05350 Molines en Queyras.04 92 45 89 63 -
- " A à Z " Bernard Genand 535, rue des Chilles, Monnaz 74970 Marignier 04 50 34 02 88
- " AET " (Aide à l'Enfance Tibétaine) M. Morando 12 rue Dijoud 73000 Chambéry 04 79 48 33
- Nous citons aussi " Vent de Libertté " à la Toussuire.

* Tsampa : orge grillé et réduit en farine, parfois mélangé à de la farine de petit pois.







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